Steve is interviewed on Radio Canada

Want to study this episode as a lesson on LingQ? Give it a try!

I.: 7h42.

C’était Arianne Moffat, tiré de son dernier disque Tous les sens, c’était Jeudi dix-sept mai.

Une journée, comme ça, qui l’inspirait un matin quand elle s’est levée et qu’elle lu le… le journal.

Apprendre une langue, pour la plupart d’entre nous, ce n’est pas facile.

Et on… au Canada, on est bien placé pour le savoir avec le bilinguisme qui, parfois, ne dépasse pas le stade théorique, une immigration qui est importante et diverse.

Mais, pour notre invité de ce matin, les langues, ce n’est pas un problème, c’est une passion.

Steve Kaufmann en parle dix et, d’après lui, c’est à la portée de tout le monde.

Il a créé un système d’apprentissage des langues original.

On retrouve son système, d’ailleurs, sur Internet.

Steve Kaufmann, bonjour!

S.: Bonjour!

I.: Dix langues.

Est-ce que vous les parlez toutes aussi bien l’une que l’autre?

S.: Non, non.

C’est-à-dire, non, et d’ailleurs le… la dixième, c’est le Russe, que… que j’apprends depuis deux ans, là.

Et, là, j’arrive à lire les livres de Tolstoï, j’écoute, mais je ne parle pas souvent.

Mais j’arrive à… quand même, me débrouiller, avec beaucoup de fautes, bien sur.

I.: Vous écoutez du Russe en faisant du jardinage…

S.: Par exemple, oui.

Oui, oui, oui.

Ah, oui.

Parce que, avec les… les iPods, là, les MP3, baladeurs, c’est très facile maintenant d’étudier les langues.

Donc on peut utiliser le… le temps mort qu’on a… Par exemple, quand je fais la vaisselle, quand je travaille dans le jardin, quand je fais du jogging, mais à peu près tout le temps je cout… j’écoute.

Aujourd’hui c’est le Russe, c’est… avant c’était le Coréen, le… le Portugais, n’importe quoi.

I.: Mais toutes ces langues ne se mélangent pas dans votre tête?

S.: Non.

En principe, non.

Il faut… il faut quand même se concentrer sur une langue pendant un certain moment.

Puis ensuite on peut le laiss… la laisser puis… écouter et étudier une autre et puis revenir et ça ne se mélange pas.

I.: Je veux comprendre votre méthode alternative d’apprentissage.

Ça fonctionne comment?

S.: Bon.

Le principe, c’est qu’il faut d’abord s’accoutumer à la langue.

Donc, il faut beaucoup écouter et beaucoup lire.

Il faut lire des chose et écouter des choses qu’on… qu’on comprend à peu près.

Donc, au début, bien sur c’est des… des morceaux très courts, c’est vingt secondes, trente secondes, et puis là, j’écoute trente fois, cinquante fois.

Mais, ce que j’écoute, je le lis aussi.

Donc, sur notre site, en le lisant, les mots qu’on ne connaît pas, on peut les… on peut cliquer dessus.

On a… tout de suite on a le dictionnaire.

Ensuite, on sauvegarde le mot, ça commence è créer une base de données.

Puis, il y a un tas de façons de travailler ces mots avec des « flashcards », comme on dit en Anglais, etcetera.

Mais on revient ensuite à l’écoute et à la lecture.

Au début, on fait ça trente, cinquante fois, puis, finalement, dix fois, trois fois, cinq fois et…

I.: Ça me fait penser un peu quand un enfant… Je me rappelle, quand j’étais petite, j’arrivais à chanter une chanson en Anglais sans vraiment savoir ce que je disais au départ.

Et, éventuellement, on finit par…

S.: Bien, oui.

Mais, si on prend l’enfant, par exemple.

L… L’enfant passe Deux ans sans parler, enfin, un an et demi à deux ans et demi.

Mais l’enfant apprend en même temps.

Et le… le grand défaut des… des méthodes traditionnelles de… d’enseigner les langues, c’est qu’on exige que les gens… tout de suite, qu’ils produisent la langue et on les corrige.

Mais ce… ce n’est pas possible.

I.: Et on veut qu’ils parlent.

S.: Il veut qu’ils parlent maintenant.

« Dis quelque chose!

» Alors la personne ne peut pas, n’a pas le… ne s’est pas accoutumée aux sons, à la structure de la langue, n’a pas assez de mots.

Donc, c’est voué à l’échec et ça décourage.

Et ensuite, ce qui est encore pire, on essaye d’enseigner des règles à des… de grammaire à des gens qui n’ont… ont aucun sens de… de cette langue.

Ils ne comprennent pas… ça rime à quoi, ces règles.

Une fois qu’on a… Comme moi maintenant avec le Russe.

Au début, parce que… La grammaire Russe est très compliquée.

Des explications qui ne voulaient rien dire pour moi.

Non pas… non seulement je ne peux pas m’en rappeler, je ne comprend pas de quoi ça… il s’agit.

Mais après avoir écouté beaucoup de Russe, maintenant, je peux regarder ces règles et ça me dit quelque chose.

Mais ce n’est pas en comprenant ces règles que je vais pouvoir parler.

C’est parce que j’ai… j’ai appris un tas de mots et de phrases, d’expressions, pardon, et puis là, je m’accoutume et ça devient un peu naturel.

J’arrive à utiliser ces… ces mots et ces expressions.

I.: Mais votre méthode implique que… on soit assez bon en informatique parce qu’il faut avoir toutes sortes d’outils pour…

S.: Enfin, il faut avoir un ordinateur.

Bon.

Mais ce n’est pas très difficile parce que, si on voit tous les gens, maintenant, qui utilisent iTunes et qui vont chercher des… des chansons pour les télécharger, etcetera.

Bon.

C’est un peu la même chose.

La plupart du temps, là, on écoute sur son baladeur.

Des fois, on va devant… on est devant l’écran, on lit et puis on clique sur un mot.

Ce n’est pas difficile.

C’est… bon, les gens utilisent.

Ils ont… ils font des emails, ils font un tas de choses, courriels, bon.

Ce n’est pas plus… plus difficile qu’autre chose.

I.: Comment vous est venue l’idée de créer cette méthode d’apprentissage?

Vous êtes, bon, vous avez eu une carrière fort intéressante dans le monde diplomatique, vous avez… vous avez une compagnie de… d’importation… d’exportation de bois et, là, vous vous levez très tôt le matin pour nourrir cette méthode d’apprentissage qui prend beaucoup de votre temps.

S.: Oui.

C’est-à-dire ça… c’est une… c’est devenu une passion.

Voilà.

Au début, on avait embauché… il y a… J’étudiais le Cantonnais il y a cinq ans.

J’écoutais la radio Chinoise et, voilà, il y a un Ch… un immigrant Chinois qui a… qui s’est… fait volé tout son argent à l’aéroport.

On a dit : « On va lui donner un job!

», comme ça, parce qu’il était dans la… l’informatique, parce que… on a aussi un secteur, là, dans ma société, qui dans l’informatique.

Puis la… cette personne-là, il ne parlait pas, enfin, il avait les notes TOEFL etcetera, très élevées et il n’arrivait pas à s’exprimer en Anglais.

Et je me suis rendu compte qu’il y a beaucoup d’immigrants comme ça.

Et je me suis rendu compte, aussi, que le système « ESL » où on envoie ces immigrants à l’école, c’est… c’est très peu efficace, ça coûte beaucoup d’argent mais il y a très peu de personnes qui en profitent.

Et, d’ailleurs, l’immigrant, il faut qu’il travaille, etcetera.

Donc, on a créé… on a voulu créer un système avec des ressources, avec des… une fonctionnalité qui peut aider la personne qui veut étudier et qui veut apprendre.

Parce que, finalement, le plus important, c’est l’attitude.

Et, il faut être honnête, le nombre de personnes qui ont assez de volonté pour vraiment maîtriser une autre langue, c’est limité.

Mais je me suis dit, pour ces gens-là, je vais créer quelque chose.

I.: Oui.

Donc, il faut passer beaucoup de temps.

Il faut le faire.

Il faut avoir de l’am… de l’ambition, de la volonté, du désir d’apprendre.

S.: Surtout passer beaucoup de temps.

Et c’est pour ça que nous essayons de faire de notre site… il faut que ça soit amusant.

Il faut qu’on… qu’on aime ça.

Donc, sur notre site, on choisit le contenu.

Ce n’est pas moi qui va dire : « Vous allez étudier ça!

» C’est l’apprenant qui choisit le contenu.

Quelque chose qui lui plait.

Et on indique sur le site quel est le niveau de difficulté par rapport aux mots qu’il a sauvegardés, c’est-à-dire, par… par rapport aux mots qu’il ne connaît pas.

Donc, quel est le pourcentage de mots inconnus, non sus dans ce contenu.

Donc, voilà…

I.: Quel est… qu’est-il arrivé de cet immigrant Chinois?

Est-ce qu’il parle Anglais?

S.: Il est rentré en Chine finalement.

I.: Ah!

S.: Non.

I.: A-t-il appris la langue?

S.: Oui, mais il faut… il faut se transformer.

Hein?

Donc si quelqu’un… C’est… c’est un peu le… le problème avec l’immigration que nous avons m… maintenant, surtout en provenance de la Chine.

Si on est professionnel, il faut avoir un niveau d’Anglais très élevé pour travailler comme professionnel.

Bon.

Alors, là, il faut un peu se transformer.

Alors, là, ça… Donc, il faut avoir cette volonté de sortir de sa culture, même si c’est temporaire.

I.: Et de s’imbiber.

S.: Et de s’imbiber et de se… parce que, moi, j’app… quand j’apprends le Chinois ou le Japonais – moi, je parle Chinois, Japonais, n’importe quoi – je m’imagine, je me vois comme Chinois.

Je ne suis pas un Canadien anglophone en train de… essayer de parler Chinois.

Je suis Chinois.

I.: Et vous attrapez la…

S.: Il faut avoir cette volonté-là.

I.: Et vous attrapez la mélodie.

S.: Oui.

C’est ça.

On sympathise avec.

C’est pour ça qu’il faut écouter les choses qu’on aime, une voix qu’on aime et… Parce que… il faut enga… on dit souvent que la… les langues, c’est… c’est la… la partie gauche du cerveau, etcetera.

Non, c’est… c’est partout.

Il faut… donc, il faut de l’émotion, il faut aimer.

Et il y a beaucoup, enfin, il parait qu’il y a des neurones un peu partout dans la tête qui vont… qui vont créer ce… ce réseau pour gérer cette langue.

I.: C’est sur que vous êtes un bon exemple et vous êtes un bon représentant de votre discours.

Parce que, vous-même à dix-sept ans, vous ne parliez pas Français même si vous aviez grandi à Montréal mais dans un environnement anglophone.

Que… comment votre parcours personnel vous a inspiré pour construire cette méthode-là en laquelle vous, visiblement, croyez complètement?

S.: Bien, je me suis rendu compte que ce n’est que quand je… j’ai commencé à aimer le Français, que c’est devenu intéressant pour moi, que… que j’ai pu commencer à vraiment parler cette langue.

Quand j’étais à l’école et qu’on me… et j’avais de bonnes notes en Français – enfin, j’avais de bonnes notes dans… dans toutes les matières – mais ça ne m’intéressait pas, je ne parlais pas…

I.: C’était théorique.

S.: C’était théorique.

Et, là, une fois qu’on est motivé, bien, ça va tout seul.

Ça va très…

I.: C’était quoi, l’événement déclencheur?

Une belle blonde?

S.: Malheureusement pas!

Mais, enfin… Non, mais c’était un professeur qui… qui nous donnait un discours.

D’ailleurs, à l’école, on n’avait que des anglophones qui en… enseignaient le Français.

Ça… ça n’inspire pas beaucoup, ça.

Et puis, ensuite, on avait un… c’était un professeur – j’étais à McGill – un professeur qui nous enseignait un cours de Civilisation française, et qui le faisait d’une façon très, très intéressante.

Alors, là, c’est… je suis parti!

Ensuite, donc, j’ai fait trois ans d’études en France, ensuite, travaillant pour le gouvernement, ils m’ont envoyé à Hong Kong pour… apprendre le Chinois.

Mais, je me rappelle très bien, il y a un ami qui m’a dit : « Mais, Steve, si tu vas à Hong Kong et que tu n’arrives pas à apprendre le Chinois?

» Je me suis dit : « Ce n’est pas possible.

» Parce que, une fois qu’on a… qu’on est arrivé à maîtriser une autre langue, à se transformer, on a la confiance.

On sait comment s’y prendre et on a la confiance qu’on va réussir.

Et, ça, c’est très important.

I.: Non, visiblement, votre Français est impeccable.

C’est assez convaincant.

Vous vous y êtes pris comment, Pascal, vous, pour apprendre l’Espagnol?

Pascal : Bien… Je n’ai jamais pris de cours officiellement nulle part.

C’est avec un livre, dans la rue, puis avec une belle blonde aussi.

Et…

I.: Belle brune, probablement.

Pascal : Oui.

Effectivement.

Mais comme ça… Mais, quelque chose qui… qui m’intéresse c’est… c’est, quand j’apprenais l’Anglais quand j’étais tout petit, en France donc, j’écoutais la… la BBC souvent, la radio.

Donc, j’ai appris la musique avant les paroles.

La… la musique me semblait complètement familière.

J’écoutais presque toujours, enfin, souvent la BBC, ce qui fait que j’étais habitué à… Je ne comprenais pas les mots mais j’en reconnaissais de plus en plus avant de prendre des cours formellement à l’école.

I.: C’est exactement votre méthode.

C’est exactement ça.

Là-bas…

S.: C’est exactement…

I.: Et, d’ailleurs, Pascal, aujourd’hui, parle Anglais comme un journaliste de la BBC.

Moi aussi j’écoute la BBC mais ça n’a pas le même effet encore.

S.: Oui.

Eh bien, c’est ça qu’on fait au Canada.

Par exemple, je lisais des st… une statistique à… au Nouveau-Brunswick, après douze ans de scolarité, trente minutes par jour, les anglophones… les anglophones qui apprennent le Français, il y a zéro virgule soixante-huit pourcent qui arrivent à parler au niveau intermédiaire.

Donc, c’est un… un échec total.

I.: A… allez-vous amener votre combat au gouvernement?

S.: Bien, oui.

Mais il faut… il faut que ça soit… Il faut donner aux enfants, de mon avis, aux enfants, il faut leur donner des histoires, des contes à écouter et à lire et rendre ça… et puis sans… sans examen, sans quoique ce soit.

Juste qui… que… eux, ils s’intéressent à la langue, qu’ils s’exposent à la langue.

I.: Allez-vous militer pour…

S.: Pardon?

I.: Allez-vous militer pour que votre méthode soit utilisée dans le système d’éducation?

S.: Bien, oui.

Mais j’ai essayé, mais j’ai essayé, mais ce n’est pas possible.

Parce que, vous savez, les systèmes traditionnels, que ça soit dans les écoles, que ça soit dans le… l’enseignement de l’Anglais ou que, j’imagine, le Français au Québec, mais c’est… c’est complètement fermé.

C’est… c’est… Disons que j’ai essayé, sans succès.

I.: Steve Kaufmann, je vous remercie beaucoup d’être venu nous voir ce matin.

Adios.

Hasta luego.

Moi, ça se limite à ça.

Goodbye.

S.: Je peux mentionner le nom du site?

I.: J’allais le faire.

S.: Ah, bon!

I.: http://www.thelinguist.com…

S.: Non, non. LingQ.

Il faut dire LingQ.

Ok.

I.: Ou encore LingQ.com.

Je vais le dire à la française : triple-W point L – I – N – G – Q point COM.

Merci, Steve Kaufmann.

S.: Merci beaucoup!

Annonceur : Pour réagir ou laisser un commentaire au téléphone, à Vancouver, vous faites le (604) 662-6141 ou le 1-800-730-2283.

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